Articles LX 2019

ILS PARTAGENT ET TRANSMETTENT LA SCIENCE

Par Marion BRIQUET MOSALO

Le dôme du Massachussets Institute of Technology

Les 12 étudiants de la Learning Expedition 2018-19 ont rencontré à Boston plus de 30 personnes du secteur de la Deep Tech : chercheurs au M.I.T., étudiants à Harvard, investisseurs, startuppers juniors, entrepreneurs seniors etc.

Ils ont été marqués par l’impératif ambiant de mettre tous les travaux scientifiques en “open source” et par la motivation des chercheurs à transmettre leur passion.

Nous nous sommes rapidement rendus à l’évidence : malgré l’élitisme intellectuel de cet écosystème Boston-MIT, pas question d’accès payant à la connaissance en ligne. Au contraire, les publications, découvertes ou logiciels sont accessibles à qui veut ! En un clic, du quartier voisin ou du bout du monde, il est possible d’avoir accès à la plupart des articles universitaires, en particulier scientifiques, parus au MIT. La prestigieuse université revendique une politique de libre accès généralisé et c’est valable pour une multitude de documents depuis qu’il a été décidé il y a dix ans que le corps professoral rendrait ses articles accessibles au public gratuitement (via la plateforme Dspace). Cette initiative, première du genre aux Etats Unis, s’inscrit dans la stratégie du MIT, qui vise à élargir l’accès à la recherche et à la connaissance au plus grand nombre. « Ce que nous valorisons, c’est la libre circulation des idées », aime à affirmer Bish Sinyal, président de la faculté du MIT de 2007 à 2009.
« Ce que nous valorisons, c’est la libre circulation des idées« 

Une accessibilité des connaissances bénéfique pour l’université

Alors quels arguments utilise le MIT pour convaincre les enseignants-chercheurs – notamment les nouveaux – de diffuser gratuitement leur travail ? L’avidité des éditeurs a été un élément clé dans cette démarche, d’après l’université. Auparavant, l’édition d’articles universitaires reposait uniquement sur un contrat individuel entre l’éditeur et l’enseignant-chercheur qui publiait. Ce dernier étant alors tenu de céder la quasi-totalité de ses droits. Et les éditeurs limitaient souvent strictement l’accès aux œuvres par le biais de licences …et facturaient un abonnement faramineux aux universités pour accéder aux articles. La politique de libre accès est donc très bénéfique pour l’université !

Le MIT voit donc un double avantage à cette stratégie de libre-accès : réduction drastique de ses coûts de bibliothèque et, en plus, le droit de partager tous les articles universitaires en libre accès (sans but lucratif).

Pour inciter les professeurs à adopter pleinement cette nouvelle politique, le motif philanthropique est doublé d’un argument directement lié au développement de carrière des enseignants : “le libre accès permet d’augmenter grandement le nombre de fois où vos publications sont citées” prône le site-web du MIT.

Au MIT MediaLab, l’open source par défaut

S’il apparaît déjà agréablement étonnant qu’une université mette à disposition de manière gratuite la quasi totalité du savoir produit entre ses murs, la politique d’accessibilité d’un laboratoire du MIT que nous avons longuement visité – le MediaLab – est encore plus surprenante. Il s’agit d’un laboratoire de recherche interdisciplinaire où urbanistes, journalistes et biologistes (entre autres) travaillent ensemble sur des projets technologiques liés au corps et à l’interaction hommes-machines (encre virtuelle, écrans tactiles…). Dans ce lieu sacro-saint de l’innovation mondiale, on pourrait s’attendre à un certain culte du secret ou, au moins, au cloisonnement. Or au contraire, le MediaLab est pratiqué, plus que partout ailleurs, l’open access. Joi Ito, le directeur, affirme que cette politique de partage permet à l’institution d’avoir un impact important : “As an academic institution, we believe that in many cases we can achieve greater impact by sharing our work”.

La politique du MediaLab est la suivante : jusqu’en 2016, les développeurs souhaitant que leurs logiciels soient libres, avec un code source ouvert, devaient obtenir l’approbation d’un comité interne. Les modalités sont désormais encore plus flexibles, le laboratoire ayant décrété en 2016 qu’une demande d’open source pour tout logiciel serait acceptée automatiquement et par défaut, sans besoin de recourir à une autorisation.
« As an academic institution, we believe that in many cases we can achieve greater impact by sharing our work« 

Étendre l’open source à des données “macros”comme les datas agricoles

Au delà de sa politique en interne, le MIT MediaLab plaide pour une extension de l’open source à des projets de recherche extérieurs, en particulier ceux ayant trait à des données dont la publication pourrait avoir un impact positif pour la société entière.

Par exemple, rendre publique des données agricoles comme la taux de dioxyde de carbone dans l’air, la température ou le niveau d’humidité permettrait d’améliorer la connaissance des aléas climatiques et de la logistique le long de la chaîne alimentaire. Le groupe de recherche du MediaLab Open Agriculture Initiative, prône la mise en commun de ces données : elles aideraient grandement à la mise en place d’un système alimentaire durable. L’extension du modèle de l’open source aux données alimentaires permettrait de lutter contre la crise mondiale de l’agriculture.

Dans le hall d’accueil du MIT Medialab

BioBuilder, l’apprentissage scientifique par la pratique

En rencontrant tous ces chercheurs à Boston, notre surprise a été double : d’une part leur ouverture à la mise en libre accès de leur travaux, et d’autre leur très grande proactivité pour transmettre leur passion et leurs travaux. La rencontre avec Natalie Kuldell – professeure de bio-ingénierie au MIT et présidente de l’ONG éducative BioBuilder – nous a beaucoup marqués, nous avons été édifiés par sa vision éducative bienveillante.

Natalie Kuldell est persuadée que l’éducation scientifique traditionnelle, en particulier en biologie, n’est pas pertinente puisqu’elle consiste majoritairement à régurgiter des connaissances apprises par coeur. Elle travaille à former les professeurs de SVT à un changement d’approche : permettre aux lycéens de passer plus de temps dans un laboratoire afin de réellement se confronter à l’inconnu, tester des idées et découvrir ce qui fonctionne ou non, le tout de manière ludique. Son approche pédagogique pourrait être résumée de la manière suivante : intégrer des questions de recherche non-encore résolue pour motiver les élèves dans l’apprentissage.

Natalie Kuldell dans son laboratoire sur Kendall Square, avec des étudiants de la LX
Intégrer des questions de recherche authentiques dans l’enseignement permet de motiver l’apprentissage par la recherche et la démarche scientifique

Natalie Kuldell a fondé l’ONG éducative BioBuilder, centrée sur la biologie synthétique, domaine émergent qui combine biologie et principes d’ingénierie dans le but de détourner les fonctions biologiques d’un microorganisme au service des humains (en santé, environnement, agriculture…). Or ce domaine se prête particulièrement bien à l’approche pédagogique par la pratique : il est très récent et permet donc aux étudiants de mener un raisonnement scientifique authentique dans un cadre où la réponse n’est parfois pas encore toute trouvée.

Natalie a mis en place des ateliers dédiés aux professeurs de biologie qui souhaitent faire évoluer leur approche pédagogique vers plus de concret. Elle a créé de nombreux clubs avec des partenaires scientifiques accessibles aux lycéens le soir, pour venir mener des projets et travailler leur raisonnement scientifique.

Challenge accepté pour les étudiants de la Learning Expedition, qui ont enfilé une blouse avec plaisir pour découvrir comment le métabolisme des levures pouvait être détourné afin de produire du bêta carotène, pigment photosynthétique précurseur de la vitamine A, naturellement extrait à partir de carottes.

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