Articles LX 2019

AS-TU L'ESPRIT "SOLVER" ? L'ENTREPRENEURIAT À LA BOSTONIENNE

Par Aminata KONE

Les locaux du MIT Solve

Les locaux du MIT Solve

Les 12 étudiants de la Learning Expedition 2018-19 ont rencontré à Boston plus de 30 personnes du secteur de la Deep Tech.

Chercheurs, startuppers, enseignants, ingénieurs… : à Boston, il nous a semblé que tout le monde a l’esprit d’un entrepreneur.

En échangeant avec plus de 30 professionnels liés à la Deep Tech de l’écosystème Boston-MIT, un élément nous a sauté aux yeux : cet écosystème est imprégné d’entrepreneuriat. La force de l’esprit entrepreneurial là-bas vient notamment de ce qu’ils appellent le « solver spirit« , ou l’ambition de trouver des solutions à la pointe de la technologie aux grandes problématiques sociétales.

Le constat est intéressant : l’écosystème de Boston est davantage axé sur la recherche fondamentale que la Silicon Valley où – pour faire court – on s’intéresse avant tout aux prochaines startups « licornes ».
« On est tous un peu entrepreneurs ici ! »

Guidés par un « solver spirit »

Au MIT, même les chercheurs font preuve d’un très grande culture « solver”. Au Senseable City Lab (SCL), un centre de recherche du MIT sur les villes connectées, nous avons été frappés par la mise en application directe des recherches effectuées. Quelques exemples des projets menés au SCL : l’algorithme de partage des taxis (racheté par Uber pour “Uber Pool” !), la pose de capteur sur les déchets électroniques pour étudier leur trajet de déchetterie en déchetterie (fait surprenant : ils traversent les frontières, même les océans !), le bateau autonome livreur pour Amsterdam, ou encore la détection d’épidémies par l’analyse microbiale des réseaux d’égouts.

Quand un membre de l’équipe de la Learning Expedition a demandé aux intervenants du SCL s’ils aimeraient un jour lancer une entreprise, ces derniers ont répondu : « Un jour peut-être… mais d’une certaine façon, on est déjà tous entrepreneurs ici !« . Et ce n’est pas une exagération.
Être un « solver » et s’attaquer aux grands problèmes du monde est un véritable mantra local.

Le solver spirit nous a aussi frappés au sein d’un programme philanthropique du MIT, “MIT Solve”, un programme d’accompagnement et de financement pour les meilleurs projets tech à impacts sociétaux. L’objectif : faire avancer les solutions technologiques avec le potentiel d’avoir un impact social mesurable à travers l’entrepreneuriat. Enthousiasmant !

Les Français que l’on a rencontrés sur place nous ont confirmé qu’être un « solver » et s’attaquer aux grands problèmes du monde est un véritable mantra local.

Les défis rencontrés par les entrepreneurs français à Boston

Tout cela bouscule quelque peu les expatriés français car, chez nous, la recherche scientifique et le business sont des domaines qui se rencontrent très peu. On nous a expliqué à plusieur reprise que les startups françaises rencontrent souvent des difficultés à s’installer et à lever des fonds à Boston. Emmanuel Arnaud, président de la French Tech à Boston, nous a confié qu’il rencontre généralement deux types d’entrepreneurs français : 1- Ceux qui travaillent dans la biotech (peu surprenant étant donné que Boston constitue le plus grand écosystème mondial de biotech), parmi eux beaucoup d’anciens de Sanofi, 2- Les autres startuppeurs, de secteurs divers et variés, ayant réussi en France et souhaitant s’attaquer au marché américain. Or, en arrivant aux Etats-Unis, beaucoup sont pris de cours par ce fameux solver spirit auquel ils ne sont pas habitués, mais qui influence grandement la manière dont il faut pitcher là-bas.
En France, la recherche scientifique et le business sont des domaines qui se rencontrent très peu

Les pitchs aux US doivent être rapides et construits autour d’une structure simple et claire : quel problème est-ce que j’attaque ? Avec quelle technologie ? Et quel retour sur l’investissement ? Il semblerait que les Français souffrent d’un « déficit » en termes de communication, ce qui peut ralentir les processus de levées de fonds et de signatures de contrats. Pour citer l’un de nos intervenants : « Tu as déjà vu un speech d’Obama ? Et un speech de Hollande ? Voilà la différence entre les deux cultures communicationnelles ! »)

Les universités comme maisons d’élevage d’entrepreneurs

Bien évidemment, cela ne veut pas dire que les entrepreneurs français ne peuvent pas réussir à Boston. Bien au contraire, un gros avantage de l’omniprésence de la mentalité « solver« , c’est que les outils pour aider les jeunes à lancer leurs startups sont omniprésents ! Nous mêmes, membres de la Learning Expedition, le simple fait d’être dans cet écosystème nous a insufflé une vague d’esprit entrepreneurial et d’optimisme. On le sent bien : l’ouverture aux idées innovantes, aux défis concrets, l’encouragement à la prise de risques… tout cela boost notre foi dans notre capacité à changer les choses.

Dans cet esprit de cercle vertueux, les universités comme le MIT et Harvard mettent à la disposition des étudiants plusieurs laboratoires d’innovation et d’expérimentation, cours d’entrepreneuriat, programmes de mentorat, espaces de collaboration, incubateurs d’été et concours (avec de réelles contreparties financières pour les gagnants !). Des visites au Martin Trust Center for MIT Entrepreneurship, au i-Lab de Harvard et au MIT Solve ont confirmé que ces services sont très utilisés par les étudiants, et ce dès leur première année d’études.
Nous mêmes, membres de la Learning Expedition, le simple fait d’être dans cet écosystème nous a insufflé une vague d’esprit entrepreneurial et d’optimisme.

L’esprit entrepreneurial à Boston nous a semblé basé sur deux choses :

  • une vision de la technologie comme moteur de progrès sociétal,
  • des environnements de travail favorisant l’expérimentation

Le résultat est là : cette culture crée une population de jeunes optimistes, familiers du monde entrepreneurial, et appliquant l’esprit solver à leur travail même s’ils ne sont pas entrepreneurs au sens classique du terme.

Un panneau dans le hall d'entrée du bâtiment principal de MIT rappelle aux  étudiants la philosophie principale de l'écosystème bostonien

Un panneau du hall d’entrée du bâtiment principal de MIT rappelle aux étudiants la philosophie principale de l’écosystème bostonien

L’entrepreneuriat comme fin en soi ?

Cet état des lieux suscite une question intéressante : dans un écosystème où il semble que tout le monde est un entrepreneur en herbe, comment fait-on la distinction entre une idée à vraie valeur ajoutée et une idée développée pour le simple but d’entreprendre ? L’impression que « nous sommes tous des entrepreneurs » peut brouiller les frontières entre l’entrepreneuriat en tant que moyen de parvenir à une fin et l’entrepreneuriat en tant que fin en soi…

La vision la plus adaptée de l’entrepreneuriat se trouve alors probablement au milieu de ces approches – française et bostonienne- abattre les obstacles culturels au lancement de projet, mais considérer que tout n’est pas fait pour être commercialisé non plus. Cependant, une chose est incontestablement claire : peu importe l’approche choisie par les écosystèmes d’innovation, un climat de confiance en soi et d’encouragement à la collaboration dès un jeune âge sont indispensables. Et ils peuvent mener à de très belles innovations face aux grands défis sociétaux.

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